Basquiat-Schiele-FLV

Diptyque Basquiat/ Schiele à la Fondation Louis Vuitton

Prenez toute la ligne 1 du métro jusqu’aux Sablons, traversez quelques rues bordées d’immeubles huppés, passez devant le jardin d’acclimatation et vous arriverez à la Fondation Louis Vuitton.

Reconnaissable entre mille, avec ses dehors de nef futuriste à l’orée du Bois de Boulogne, le bâtiment signé de l’architecte Frank Gehry est une attraction en soi. Il fallait bien ça pour attirer des hordes de Parisiens, allergiques à la périphérie, jusqu’à Neuilly-sur-Seine.

Depuis le 3 octobre, la fondation Louis Vuitton – temple de la culture qui a ouvert ses portes en 2015 – accueille une double exposition étonnante : Egon Schiele/ Jean-Michel Basquiat.

Deux artistes pour le prix d’un

Ces deux artistes ont marqué le XXe siècle sans jamais se croiser. L’un est le chantre de l’expressionnisme, l’autre incarne la célébration du street art comme art noble.

L’itinéraire est chronologique. Aux quelques salles bondées dédiées à Schiele succèdent pas moins de 120 oeuvres de l’artiste new-yorkais. Quel rapport entre les deux ? Pourquoi juxtaposer ces deux expositions monographiques ?

Alors que l’on célèbre en 2018, les 30 ans de la disparition de JM Basquiat – disparu prématurément à l’âge de 28 ans, l’on (re)découvre que Schiele s’est éteint au même âge.

Autrement dit, les deux hommes ont en un peu plus de 10 ans marqué de façon durable le monde de l’art moderne. Chacun à sa façon.

Egon Schiele n’aura de cesse de bousculer les codes de l’art en vigueur. S’éloignant du conformisme bourgeois des œuvres du Sécessionniste Gustav Klimt, qu’il mimera pourtant à plusieurs reprises durant les premières années de sa carrière, il laissera libre cours à son coup de pinceau nerveux.

Corps noueux, mains longilignes et nudités crues sont autant de caractéristiques de l’oeuvre de l’Autrichien.

Celui qui vivra au sein d’une élite artistique en pleine effervescence verra cependant son anticonformisme bridé par un establishment peu disposé à l’écouter. Un court séjour en prison, à Neulengbach, le ramènera à un style pictural sinon plus sobre, moins ouvertement provocateur.

Les corps des danseuses se dévoilent, mais les tétons rougis et les poses lascives se font plus pudiques.

Sans transition, les petites salles sombres autrichiennes font place aux volumes gigantesques de l’espace Basquiat. La muséographie évolue elle aussi avec des murs blancs rehaussés de toiles street art -devenu museum art avec Basquiat.

Partageant avec Schiele un même talent précoce, l’enfant de Flatbush, à Brooklyn, lègue une œuvre prolixe, engagée et torturée.

De SAMO à Riding with death, seulement une dizaine d’années se sont écoulées. C’est assez pour parvenir à une œuvre plus mature et toujours plus contestataire.

Issu d’une classe moyenne supérieure, évoluant dans un New-York non encore gentrifié, Jean-Michel Basquiat va conquérir le gratin artistique de la Grosse Pomme à une vitesse vertigineuse.

Le vertige va justement le frapper. Artiste tourmenté et obsédé par l’anatomie comme les inégalités raciales, ses toiles sonnent comme des rébus taille XXL.

Mêlant les techniques (la peinture et le collage) et les modes d’expression (les mots et les dessins), ses tableaux surprennent. Ses presque-gribouillis naïfs expriment une grande violence; un contraste saisissant qui ne laisse personne indifférent.

L’exposition revient également sur cette amitié presque filiale qui s’est nouée entre Andy Warhol et Basquiat. À la fois mentor, père et rival, le père du Pop Art a joué un rôle déterminant dans la carrière de Basquiat. D’une part parce que le travail de ce dernier est l’héritage de la révolution artistique et picturale portée par le fondateur de la Factory. D’autre part, car la rencontre avec Warhol finit de propulser le jeune homme sur le devant de la scène.

Alors, comète éphémère, Basquiat devient figure incontournable. Du Vieux Continent à Los Angeles (Gagosian Gallery) en passant par les galeries new-yorkaises, le public s’arrache ses toiles. Au point où elles sont vendues avant même d’être achevées. Cela agace l’artiste au point qu’il écrit « Not for sale » sur les tableaux en cours.

La rivalité et la jalousie avec Warhol causent la rupture amicale des deux hommes.

Pourtant, quand Warhol disparaît, en 1987, c’est le début d’une descente aux enfers express à l’issue funeste pour le jeune Basquiat.

Pris dans les tourments de la drogue, il meurt d’une overdose dans son studio en 1988.

Avis : La pertinence de cette double exposition aurait mérité une explication explicite. Mort à 28 ans, génie créatif exprimé dès leurs jeunes années, obsession du corps, expressionnisme et anticonformisme, les parallèles à établir ne manquent pas.

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